Antoine Husser

Ce qui meurt en nous

Le soleil froid cogne sur le front, blanchi par le sel.

Cinq fois la mer l'a recraché, mais pas dans le bon camp.

Toujours vivant, toujours avec le même plan.

Dans ses yeux... tu peux voir l'océan.

Hangar remplie de fantômes, silence martial.

Sur la peau le hurlement du métal glacial.

Peu importe le mal, pour atteindre le succès.

Compter les jours, c'est la seule chose qu'il fait. 

Là où les autres ont échoué, il vaincra, c'est la seule chose qu'il sait. 

Peut être qu'il ne ressent pas la peur, peut être qu'il est juste fou. 

 La mort n'est pas la plus grande perte... c'est ce qui meurt en nous.

Sabratha, Libye.

Lent défilé de camions avares, nuages de poussière noirs.

Un oeil injecté de sang veille sur l'argent sale des mines bouffé par le pouvoir. 

Invisible sous sa tôle, le béret, le brassard.

Les creuseurs passent tête baissée. 

Même quand le treillis somnole les poings serrés. 

La crainte de ses chimères, de sa soif de vengeance. 

Produit de la dureté de la pierre, de la jungle et de l'essence. 

Peut être qu'il rumine sa rancoeur, peut être qu'il est juste fou.

La mort n'est pas la plus grande perte... C'est ce qui meurt en nous.

Lubumbashi, Congo RDC.


Des pneus crissent, des balles félines rugissent.

Nuée de hyènes, rangées d'rescapées en apnée. 

Foutre le camp, s'échapper, vivre, donner la vie. 

Dans un camp de toiles ondulées, entouré d'barbelés. 

Grandir dans ce décor, c'est comme une peine aménagée. 

Son fils pense qu'après les miradors c'est le vide. 

Le choix n'est pas une option quand l'estomac crie.

Zone sécurisée, claustrophobie. 

Case immense de terre cuite, shoot dans une bouteille de plastique pendue. Boîtes de conserve, rapport de l'ONU. 

Difficle de distinguer les tueurs des coeurs démolis et le passé pourrit dans le futur tel une plaie enflammée. 

La vengeance réapparaît, parfois, comme une lame jaillit d'une Parka. 

Seuls les mots d'une mère apaisent telles des gouttes de pluie sur le palais d'une terre assoiffée :

"Oublie ce qu'ils nous ont fait et ce qu'on leur a fait". 

La mort n'est pas la plus grande perte... C'est ce qui meurt en nous. 


 Elle lui dit : "Confie le à Dieu. Reviens nous. Dépose ce fardeau. Reviens nous". 

Mais la plus grande perte... C'est ce qui meurt en nous.

Bentiu, Sud Soudan.